Tout dans La Tentazione pouvait faire craindre un nouveau Mourir d’aimer, le film d’André Cayatte inspiré de l’affaire Gabrielle Russier : une enseignante, un adolescent, une relation interdite et le poids du regard social. Mais Nicolangelo Gelormini déjoue en partie ce récit attendu grâce à un rythme fait d’hésitations et d’à-coups, où certains plans semblent s’interrompre légèrement trop tôt quand d’autres s’étirent jusqu’au plan-séquence. Le film épouse ainsi les mouvements de la relation entre Gioia et Alessio : la frénésie de la séduction, puis l’attente lorsque l’être aimé s’absente, jusqu’au ghosting qui précipite le récit. Gioia hésite, Alessio hésite, et La Tentazione avec eux. Cette indécision n’est pourtant jamais une imprécision, notamment grâce à Valeria Golino, saisissante lorsqu’elle abandonne toute coquetterie pour donner à Gioia quelque chose d’une adolescente amoureuse face à ce garçon aux allures de Rimbaud. Le film lui-même convoque le couple Verlaine-Rimbaud et l’on pourrait presque voir en elle la « vierge folle » face à son « époux infernal ». Cette fièvre littéraire permet surtout à Gelormini de ne jamais réduire leur relation à une démonstration morale : il ne juge ni ne réhabilite ses personnages. Dommage alors que le dernier mouvement emprunte avec insistance les atours du polar, comme si le film cessait soudain de faire confiance à ses propres ambiguïtés. Reste une histoire d’amour aussi trouble qu’inaboutie, qui renvoie chacun au souvenir de ces relations dont la disparition brutale rend précisément le deuil impossible.
Carl Arnaud
Film italien de Nicolangelo Gelormini (2025), avec Valeria Golino, Saul Nanni, Jasmine Trinca, Francesco Colella, Betty Pedrazzi. 1h48.