l'avant scène cinéma

Quelques mots d’amour

Une mère célibataire élève ses deux enfants d’unions différentes dans une cité paisible. Sa fille aînée manifeste pourtant le désir de rencontrer l’homme qui lui a donné la vie et grandit en transformant cette volonté en une véritable obsession qui va se cristalliser à l’adolescence et l’inciter à tenter le tout pour le tout. De ce sujet délicat, le réalisateur du Nouveau tire un film d’une très grande finesse psychologique. Il s’appuie pour cela sur une direction d’acteurs impeccable, offre un rôle magnifique à Hafsia Herzi en état de grâce et révèle en Nour Salam une jeune interprète d’une justesse étonnante dans un personnage qui a du mal à se situer vis-à-vis de son entourage. Rudi Rosenberg montre les ravages que peut provoquer une accumulation de non-dits sur une personnalité en construction qui a besoin de savoir d’où elle vient pour continuer à aller de l’avant en toute sérénité. Un concept psychanalytique qui passe autant ici par les actes que par les mots et suscite une émotion parfois violente, tant le cinéaste nous associe à sa démarche, sans jouer sur la facilité ni la complaisance. Il pointe aussi le décalage abyssal qui sépare parfois la perception d’un adolescent et d’un adulte par rapport à un même événement. Quelques mots d’amour ose jouer la carte des grands sentiments en évitant toutefois de forcer la note inutilement. C’est un film en forme de cri du cœur qui a la noblesse de ne jamais tricher avec son sujet, sans tomber pour autant dans aucun de ses pièges.

Jean-Philippe Guerand

Film français de Rudi Rosenberg (2026), avec Hafsia Herzi, Nour Salam, Paulette Chetrit. 1h37.

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