l'avant scène cinéma

La Poupée 

Plus de cinquante ans ont passé depuis que Michel Piccoli est tombé follement amoureux d’une poupée gonflable (Grandeur nature, de Luis Berlanga, 1974). Depuis lors les tentations provocatrices du cinéma, une certaine radicalité narrative se sont émoussées. Et les progrès en matière de fabrication de compagnons (et de compagnes) de synthèse ont été faramineux. Nous ne sommes donc pas surpris de voir que le personnage incarné par Vincent Macaigne trompe ici sa solitude avec un mannequin aux formes idéales, qui bien sûr ne lui demande rien. Jusqu’au jour où celui-ci prend forme humaine… et devient de fait beaucoup plus exigeant. Le ressort comique repose en grande partie sur les quiproquos que cette mue inattendue provoque dans la vie de notre héros. Le film fait montre à cette occasion ici ou là de jolies parenthèses poétiques. Mais au-delà La Poupée prend des airs de conte philosophique qui égratigne nos us et coutumes en matière conjugale et pose nombre de questions sur la qualité de la relation qui unit deux êtres, sur l’accumulation des petites lâchetés qui servent de sparadrap pour aller au plus facile, sur la façon dont le regard des autres conditionne notre propre comportement, etc. Que ce premier film, une comédie à priori grand public au casting populaire, sot signé par une femme n’est sans doute pas indifférent. A bas bruit et sous couvert de faire rire, Sophie Beaulieu nous offre un film délicat, intrigant, plus riche qu’il n’y parait. Une belle réussite.

Yves Alion

Film français de Sophie Beaulieu (2026), avec Vincent Macaigne, Zoé Marchal, Cécile de France, Marianne Basler. 1h20.

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