Ce film coécrit par son réalisateur et l’écrivain Laurent Gaudé (prix Goncourt pour Le Soleil des Scorta et auteur de Chien 51) s’attache au sort d’une femme suspectée de sorcellerie que personne n’accepte d’enterrer, de peur de se retrouver victime de son charme maléfique post mortem. C’est aussi et surtout un éloge de la sororité à travers le portrait de deux femmes dans un village traditionnel du plateau de l’Ennedi, dans le Nord-Est du Tchad où une autochtone en proie à des visions va apprendre beaucoup d’une exilée victime d’ostracisme dont elle prend la défense contre des habitants qui manifestent la peur des ignorants. Une fois de plus, Mahamat-Saleh Haroun dénonce l’obscurantisme, cette fois à travers la rencontre de deux femmes victimes de l’ostracisme d’une communauté traditionnelle et même traditionnaliste qui préfère s’en remettre à des coutumes séculaires plutôt qu’affronter le vertige de la modernité. Une fois de plus, le réalisateur de Lingui, les liens sacrés traite d’une Afrique où un héritage parfois pesant s’élève parfois comme un rempart contre le progrès et nuit par là-même à sa marche vers le progrès pour tous. Mahamat-Saleh Haroun s’aventure en revanche pour la première fois dans un fantastique nourri de panthéisme et d’animisme que servent des décors naturels impressionnants avec la complicité de deux comédiennes d’une justesse absolue : Maïmouna Miawana et Achouackh Abakar Souleymane. Comme les deux facettes d’un éternel féminin unique qui se transmet de génération en génération et auquel on refuse le droit d’évoluer et de rompre avec le passé.
Jean-Philippe Guerand
Film franco-tchadien de Mahamat-Saleh Haroun (2026), avec Maïmouna Miawama, Eriq Ebouaney, Achouackh Abakar Souleymane 1h41.