Balade cinéphile et Nouvelle Vague pour Félix de Givry, réalisateur et scénariste également aux manettes, avec Ugo Bienvenu, de l’excellent Arco notamment nommé pour l’Oscar du meilleur film d’animation. Cette balade sera mâtinée d’actualité puisqu’il est essentiellement question de harcèlement scolaire pour Otto, 14 ans, moqué par ses camarades jusqu’à fuguer et après avoir adressé une lettre d’adieu. Son errance post-fugue sera l’occasion de faire son éducation sentimentale, particulièrement lorsque Léna le recueille, le cache, et décrit avec lui une sorte de couple coupé du monde, auto-bunkérisé. Le procédé n’est pas sans rappeler les meilleurs films de François Truffaut, les plus personnels et autobiographiques. On pense naturellement aux 400 coups dans l’errance buissonnière, à L’enfant sauvage dans cette (re)découverte de soi prenant un cadre forestier, et enfin à L’argent de poche dans l’humour goguenard dont le film n’est pas exempt. Félix de Givry signe un mélodrame adolescent d’une grande délicatesse, où l’élan romanesque prend progressivement le pas sur le réalisme. Le point de départ, pourtant sombre, devient le moteur d’une rencontre entre deux jeunes êtres cabossés qui apprennent à se faire confiance et à avancer ensemble. Adieu monde cruel est in fine un premier long-métrage d’une élégance rare, porté par une mise en scène qui gagne en ampleur au fil du récit.
Carl Arnaud
Film français de Félix de Givry (2026), avec Milo Machado-Graner, Jane Beever, Emmanuelle Destremau. 1h33.