l'avant scène cinéma

Toutes mes sœurs

Ce qui devait être un simple film de famille devient peu à peu le portrait bouleversant d’une génération de femmes iraniennes. À la naissance de sa deuxième nièce, Massoud Bakhshi commence à filmer les deux sœurs sans imaginer que ce projet l’accompagnera pendant près de dix-huit ans. Au fil des images, une troisième sœur rejoint la famille. Les enfants grandissent, entrent à l’école, découvrent l’adolescence puis l’âge adulte. Entre archives familiales et séquences où les jeunes femmes regardent aujourd’hui ces images de leur passé, Toutes mes sœurs compose un dialogue permanent entre mémoire et présent. La grande force du film réside dans cette évolution progressive de son sujet. D’abord centré sur l’enfance, le documentaire devient peu à peu le reflet d’une société iranienne en pleine transformation. À travers les discussions familiales, les débats avec la mère ou la grand-mère, les rêves d’études, les premiers élans d’indépendance ou les questionnements sur la place des femmes, Bakhshi capte les aspirations d’une jeunesse qui refuse de renoncer à sa liberté. Sans céder au discours militant ou démonstratif, le cinéaste laisse émerger les contradictions, les tensions et les espoirs qui traversent plusieurs générations. En confrontant les images du passé aux réactions des jeunes femmes qui les découvrent, le réalisateur transforme ce journal intime en réflexion sur la mémoire, la transmission et le regard que l’on porte sur soi. Derrière le destin singulier de ces trois sœurs se dessine alors le portrait d’un pays tout entier, partagé entre héritage, désir d’émancipation et nécessité de réinventer l’avenir.

Myriam Burloux

Seh Khahar. Film documentaire de Massoud Bakhshi (2026). 1h18.

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