l'avant scène cinéma

Oklahoma Honey

Il est des films qui prennent le temps de nous faire entrer dans un monde avant de nous raconter ce qui pourrait le faire disparaître. Oklahoma Honey est de ceux-là. Dans l’Oklahoma rural, Amziah King, apiculteur et musicien de bluegrass, retrouve Kateri, sa fille adoptive dont il a été séparé plusieurs années. Autour des ruches, du travail et de la musique, tous deux réapprennent doucement à se connaître. Mais alors que la jeune femme commence à trouver sa place auprès de lui et de cette communauté qui l’entoure, le récit prend soudain une direction inattendue. Andrew Patterson ne semble pourtant pas pressé d’en arriver là. Dès l’ouverture, il impose une mise en scène étonnamment brute, presque roots : une image peu léchée, un montage saccadé, des ruptures de rythme parfois anarchiques. Puis le film se pose et laisse progressivement apparaître sa douceur. Les cadres se composent, la lumière envahit l’image, les couleurs deviennent délicates et poétiques. On regarde les gestes, les paysages, les visages ; on prend simplement le temps d’être avec eux. La musique participe pleinement à cette sensation de vie. Joué directement par les personnages, le bluegrass n’accompagne pas le film : il surgit au milieu de lui, vif, joyeux, débordant de rythme. Il devient une manière de faire partie de la communauté, de partager et déjà de transmettre. Puis Oklahoma Honey se brise. La chronique rurale et familiale bascule brutalement vers le thriller et laisse un instant le spectateur sous le choc de ce changement de direction. Pourtant, la rupture fonctionne, peut-être justement parce que Patterson nous avait laissé le temps de nous attacher à ce monde. Et si le récit devient plus sombre et plus violent, son regard, lui, ne change pas. La lumière demeure, comme la douceur et la bienveillance qui traversent les échanges entre les personnages. La disparition d’Amziah révèle alors ce que racontait depuis le début cette longue première partie. Il ne s’agissait pas seulement de voir un père transmettre à sa fille un métier ou des ruches, mais une musique, des gestes, des liens et une manière d’habiter le monde. Derrière son étonnant mélange de tons et de genres, Oklahoma Honey raconte avec beaucoup de délicatesse ce qui reste d’un homme lorsqu’il n’est plus là : tout ce qu’il a semé chez les autres et qui, après lui, continue de vivre.

Myriam Burloux

The rivals of Amziah King. Film américain d’Andrew Patterson (2026), avec Matthew McConaughey, Angelina LookingGlass, Kurt Russel. 2h10

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