Dans une communauté quechua isolée des montagnes boliviennes, Clara accompagne sa mère Ana, sage-femme traditionnelle. Tandis que cette dernière aide les femmes à accoucher, Clara chante pour soulager leurs douleurs. Sa voix est considérée comme un don qu’elle devrait à son tour transmettre. Mais la jeune femme regarde vers un autre horizon et rêve de découvrir la ville. Avec La Fille Condor, Álvaro Olmos Torrico raconte d’abord une histoire de transmission. Clara aime sa mère, sa communauté et les traditions dans lesquelles elle a grandi, mais cet héritage devient aussi le poids d’un avenir que l’on semble avoir choisi pour elle. Partir ne signifie pourtant pas nécessairement renier ses origines. Le film évite ainsi l’opposition trop simple entre une tradition qui emprisonnerait et une modernité qui libérerait : il cherche plutôt la possibilité de faire coexister l’héritage et le désir d’émancipation. Cette tension traverse une mise en scène contemplative, portée par la beauté saisissante des paysages andins et par une photographie qui donne aux visages, aux gestes et aux silences toute leur importance. Le chant de Clara participe à cette dimension presque mystique, comme un lien invisible entre les femmes, la terre et les générations. Le récit se montre parfois moins convaincant lorsqu’il quitte les montagnes et certains de ses symboles peuvent sembler appuyés. Mais derrière ces quelques fragilités demeure un film d’une grande douceur, porté par ses personnages féminins. La Fille Condor raconte finalement moins la nécessité de choisir entre deux mondes que la possibilité de prendre son envol sans être obligée de couper ses racines.
Myriam Burloux
La Hija condór. Film bolivien de Álvaro Olmos Torrico (2026), avec María Magdalena SAnizo, Marisol Vallejo Montaño, Nely Huayta Cutipa. 1h43