l'avant scène cinéma

Moulin

En 2002/2003, deux téléfilms se sont fait concurrence pour célébrer la mémoire de Jean Moulin, icone de la résistance, torturé par les nazis. L’un était signé Yves Boisset (avec Charles Berling dans le rôle-titre), l’autre Pierre Aknine (avec Francis Huster). Si nous avouons une préférence pour le premier, les deux films affichent un même contour, celui d’une fresque historique couvrant plusieurs années.  A l’inverse, le film de Lazlo Nemes se restreint volontairement dans le temps pour ne donner à voir que les derniers mois de la vie de Moulin, son arrestation à Caluire survenant assez vite dans le déroulement du film. C’est donc le martyr, le chemin de croix, l’admirable endurance du chef de la résistance que le film donne à voir. Un parti-pris qui lui confère à la fois sa force et sa fragilité. D’une part, le signataire du Fils de Saul (magistrale description sensorielle des camps de la mort, entre claustrophobie et terreur) donne une forme à son projet, quitte à en limiter l’enveloppe. De l’autre il sacrifie en partie le sens de l’Histoire et son élan collectif au profit de l’agonie malaisante (mais c’est le but) de son personnage. En donnant au passage un relief particulier au jeu pervers du chat et de la souris mis en scène par Klaus Barbie, le bourreau nazi de sinistre mémoire. On pourra trouver un peu déplacée dans cette descente aux enfers le goût du cinéaste pour les scènes de torture, physiques et mentales. Mais on ne lui retirera pas (comme cela avait été le cas pour Le Fils de Saul) sa capacité à nous faire partager son effroi, sans nous laisser reprendre notre souffle…

Yves Alion

Film français de Lazlo Nemes (2026), avec Gilles Lelouch, Lars Eidinger, Louise Bourgouin. 2h10. 

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