l'avant scène cinéma

Hope

L’extraordinaire réussite de The Strangers avait créé autour du nouveau long métrage de Na Hong-jin une attente absolument démesurée. Conscient peut-être des dangers et du risque de déception, le cinéaste délaisse à peu près totalement les ambiances malsaines et s’accroche à un genre radicalement différent, relié à l’immense tradition du film de monstres asiatiques dont The Host fut l’un des exemples le plus marquants de ces dernières années. Dans une industrie coréenne à la fois fêtée mais aussi, depuis le COVID, traversée par une forte crise, Hope porte en lui bien des espoirs qui lui confèrent une paradoxale fragilité. Le cinéaste répond aux attentes en livrant un objet d’une étrange radicalité, un voyage basé sur une déstabilisation totale du spectateur, plongé la tête première dans le chaos crée par l’invasion des monstres extra-terrestres d’une petite ville, Hope. S’ensuivent plusieurs poursuites et scènes d’action souvent bien filmées, mais pensées surtout sous l’angle sensoriel d’une expérience brute, où le public se retrouve plongé dans un état de choc et d’hébétement, sans temps morts ou explications, comparables aux protagonistes. Puis surgit l’apparition enfin claire de l’un des « monstres » et, comme souvent dans ce genre de récits, construit le mystère et l’ellipse, l’intérêt s’épuise lorsque le cinéaste tente de donner un sens au chaos. Il a alors recours à de vieilles ficelles finalement très classiques, trahissant la vision d’un metteur en scène perdu dès qu’il doit abonner ses prouesses pyrotechniques pour donner chair à ses créatures. L’humanisation ne passe pas, l’étrangeté est abandonnée, et la vacuité formelle, qui a toujours menacé le cinéma de Na, prend malheureusement ici le dessus.

Pierre-Simon Gutman

Sowon. Film coréen de Na Hong-jin (2026), avec Jung-Min Hwang, In-sung Zo, Jung Ho-Yeon. 2h 36. 

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