Il y a des thèmes qui semblent être à la mode, celui de la sirène pourrait bien en faire partie. Voici le deuxième film en l’espace de quelques semaines à s’intéresser au mermaiding, autrement dit à ces sirènes professionnelles qui se produisent dans des spectacles aquatiques. Miss Mermaid suit Fanny, jeune divorcée d’une trentaine d’années contrainte de retourner vivre chez ses parents. Tandis que ses amies se marient et fondent une famille, sa propre existence semble figée entre un emploi peu épanouissant dans une usine de crevettes et un quotidien sans perspective. La rencontre avec Anémone, sirène influenceuse, va pourtant ouvrir une brèche. Malgré ses difficultés financières, Fanny investit dans une coûteuse queue de sirène et entreprend peu à peu de reconstruire son estime d’elle-même. Miss Mermaid s’inscrit ainsi dans une veine de films qui célèbrent le droit de s’affranchir des normes sociales et de s’inventer une nouvelle identité. Si le thème du mermaiding commence à émerger au cinéma, il constitue ici une métaphore intéressante de la reconstruction après un divorce, de la réappropriation du corps et du pouvoir de l’imaginaire. Le film esquisse également le portrait d’une femme qui refuse de voir sa vie définie par l’échec de son mariage et cherche, à travers une passion inattendue, une manière de reprendre le contrôle de son existence. En revanche, cette promesse peine à pleinement prendre vie à l’écran. La mise en scène reste souvent très illustrative et le récit suit un parcours assez attendu, sans parvenir à insuffler la part de magie ou d’émotion qui aurait permis au spectateur d’adhérer pleinement à cette métamorphose. La première séance d’entraînement de Fanny à la piscine en constitue un bon exemple. Alors que la scène semble vouloir faire naître un mélange de tendresse et d’humour face à ses maladresses avec sa queue de sirène, elle peine à susciter une véritable empathie. Le spectateur reste davantage extérieur à son apprentissage qu’il ne partage réellement ses difficultés et ses progrès. Fanny, constamment enfermée dans sa colère et son mal-être, demeure un personnage auquel il est parfois difficile de s’attacher. Si son évolution est bien présente, elle paraît davantage démontrée que véritablement ressentie. Finalement, Miss Mermaid défend un message généreux et profondément positif sur l’émancipation et la réappropriation de soi. Mais malgré la sincérité de son propos et l’originalité de son point de départ, le film ne parvient jamais totalement à transformer cette idée en une véritable expérience de cinéma. Là où l’on espérait être emporté par un élan de fantaisie et de liberté, on reste finalement à distance de cette histoire qui peine à trouver le souffle nécessaire pour véritablement enchanter.
Myriam Burloux
Miss Mermaid, un film français de Pauline Brunner et Marion Verlé, avec Aloïse Sauvage, Thomas VDB, Alison Wheeler. 1h32