Avec Minotaure, Andreï Zviaguintsev livre le portrait sombre d’un couple arrivé au point de rupture. Adaptation libre de La Femme infidèle de Claude Chabrol, le film déplace le récit de l’adultère dans la Russie contemporaine pour en faire bien plus qu’un simple drame conjugal.Gleb et Galina vivent avec leur fils adolescent dans une belle maison où les gestes du quotidien se répètent mécaniquement tandis que les regards et la tendresse s’évitent. Lorsque Galina entame une liaison, l’équilibre précaire qui maintenait encore le couple debout s’effondre. Le titre du film prend alors tout son sens. À mesure que le récit progresse, Gleb apparaît comme une figure enfermée dans son propre labyrinthe. Au-delà de l’histoire d’une trahison amoureuse, Minotaure devient l’exploration d’une masculinité blessée. Cette descente intérieure est portée par la mise en scène. Les cadres resserrés, les espaces confinés, les silences qui s’étirent participent à une sensation constante d’étouffement. En arrière-plan de cette tragédie intime se dessine une critique féroce de la Russie au moment du déclenchement de la guerre en Ukraine : corruption généralisée, collusion entre pouvoir politique, police et milieux d’affaires, cynisme des élites et sentiment d’étouffement moral traversent chaque séquence. Le désordre du couple devient ainsi le reflet d’une société malade. D’une noirceur assumée, Minotaure compose un huis clos psychologique particulièrement oppressant. Un film qui transforme le malaise en véritable expérience sensorielle et entraîne le spectateur au cœur d’un labyrinthe dont il est, lui aussi, difficile de s’échapper.
Myriam Burloux
Film russe de Andreï Zviaguintsev (2026), avec Iris Lebedeva, Dmitry Mazurov, Boris Kudrin. 2h15.