Il existe aux Canaries un lieu où la communauté homosexuelle se retrouve et fraie sans tabous. C’est dans ce cadre paradisiaque sous le soleil duquel il lézarde depuis un quart de siècle qu’un retraité a décidé de finir ses jours. Alors quand, à la suite d’un accident, sa fille se manifeste pour le placer en Ehpad, il a du mal à accepter cette fin de vie sordide et confinée qu’il n’a pas choisie… Rarement un film a décrit avec une telle justesse l’état d’esprit d’un homme âgé qui refuse de renoncer à sa liberté et de subir un avenir qui lui échappe. Un personnage indissociable de son interprète José Ramón Soroiz, auquel son interprétation bouleversante a valu le Goya du meilleur acteur. Il livre une composition tout en retenue sur un registre d’autant plus délicat qu’assez peu de films se sont intéressés à la sexualité des personnes âgées et moins encore à celle des homosexuels, à l’exception notable du film Deux de Filippo Meneghetti. Maspalomas dégage une énergie proportionnelle à la détermination de son protagoniste, hédoniste assumé qui a l’insolence de se comporter comme un gamin et de souligner ainsi sa modernité et sa fantaisie par rapport à sa propre fille, une caractéristique affirmée aussi récemment par la vieille dame indigne que campait Carmen Maura dans Rue Málaga de Maryam Touzani. Le film d’Aitor Arregi (déjà associé comme réalisateur à deux œuvres remarquables, Une vie secrète et Marco, l’énigme d’une vie) et José Mari Goenaga s’impose en cela comme une ode subtile à la tolérance qui démontre que la liberté est moins une question d’âge que d’état d’esprit.
Jean-Philippe Guerand
Film espagnol d’Aitor Arregi et José Mari Goenaga (2025), avec José Ramón Soroiz, Nagore Aranburu, Kandido Uranga. 1h55.