Révélée par sa première réalisation en solo, Freda (2021), la comédienne haïtienne Gessica Généus tient elle-même le rôle-titre de son nouveau film : celui d’une prostituée qui vient à dialoguer avec un évangéliste. S’engage une conversation au-delà du Bien et du Mal qui s’inscrit dans la réalité tourmentée d’une île où semble s’être abattue toute la misère du monde. Pas question toutefois pour cette réalisatrice résiliente de subir sans réagir. Sa démarche artistique s’inscrit dans une volonté de célébrer sa terre natale avec dignité, sans édulcorer la confusion qui y règne. À travers cet échange ô combien symbolique qu’elle choisit de mettre en scène, elle entend souligner le poids de la foi et des superstitions sur un peuple qui n’a souvent aucune autre alternative que de s’enfuir pour assurer sa survie, face au déchaînement irrationnel des éléments qui l’accable, avec sa seule foi en guise de protection. Grand prix du festival de Cabourg, Marie Madeleine est indissociable de la personnalité qui l’a initié en s’y impliquant en tant qu’interprète. Les mots que prononce son personnage expriment à la fois le point de vue et l’engagement d’une créatrice qui assume tous les risques pour s’exprimer dans des conditions de tournage toujours incertaines. Son film témoigne cependant d’une liberté qui n’en laisse rien paraître. Parce que Gessica Généus se positionne autant en citoyenne qu’en cinéaste et qu’elle ne se dérobe jamais devant ses responsabilités, quitte à énoncer parfois des vérités qui dérangent en mettant son glamour au service d’une cause juste : le salut de sa patrie.
Jean-Philippe Guerand
Film haïtio-franco-belgo-luxembourgo-canadien de Gessica Généus (2026), avec Gessica Généus, Béonard Monteau, Edouard Baptiste. 1h44.