l'avant scène cinéma

Karma

Mine de rien, Karma est déjà le neuvième long métrage de Guillaume Canet derrière la caméra. Et le moins que l’on puisse dire c’est que notre homme est un cinéaste éclectique. Le fruit d’une curiosité insatiable, comme s’il ne pouvait trouver le repos tant qu’il n’aurait pas exploré le cinéma dans tous ses recoins. Après la comédie sarcastique (Mon idole), la chronique générationnelle (Les Petits Mouchoirs), un film américain (Blood Ties), un autoportrait rigolard (Rock’n’roll), un pur film d’auteur du côté de chez Bertrand Blier (Lui) et une nouvelle adaptation des aventures d’Astérix (L’Empire du milieu), il revient avec Karma à ce qui lui avait bien réussi dans Ne le dis à personne, le thriller. Mais cette fois-ci Canet n’a pas eu besoin de se reposer sur un roman de Harlan Coben : Karma est sa créature. Une très belle créature. Nous sommes plongés d’emblée au sein d’un couple en difficulté dans une zone rurale d’Espagne. Nous pensons à l’excellent As Bestas de Rodrigo Sorogoyen. Même si cette fois-ci Denis Ménochet officie de l’autre côté de la frontière. C’est la même âpreté, le même brouillard malaisant. Qui débouche sur la disparition d’un enfant. Mais le film se dirige aussitôt dans une autre direction, l’autopsie d’une secte terrifiante, où dans un cadre vaguement religieux s’exerce le pouvoir sans partage d’un gourou dont le sadisme n’est plus à prouver. Le lien entre ces deux parties, c’est le personnage de Marion Cotillard qui le tend. Elle est absolument époustouflante dans la peau de cette femme en plein naufrage qui réintègre cette secte où elle a passé toute sa jeunesse. Mais Karma est un thriller et les tenants et aboutissants de tous ces éléments apparaissent peu à peu, débouchant sur un exercice hitchcockien du plus bel effet. Guillaume Canet a compris les ficelles du suspense. Il a également compris, comme le disait l’Oncle Alfred, que la réussite du film dépend beaucoup de la répulsion que nous inspire le méchant. A cet égard Denis Ménochet est impressionnant, sa force (apparemment) tranquille pouvant se muer en fureur soudaine, sa conception du Bien étant clairement mâtinée des pires turpitudes. Volontiers spectaculaire, parfois baroque, magnifiquement photographié, Karma (la loi de cause à effet appliquée aux comportements humains : chaque action, pensée ou parole engendre une conséquence qui finit par revenir à son auteur, nous dit le dictionnaire) est un film superbe…

Yves Alion

Film français de Guillaume Canet (2026), avec Marion Cotillard, Denis Ménochet, Leonardo Sbaraglia. 2h20.

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