l'avant scène cinéma

Les Éléphants dans la brume 

A nouveau Cannes laisse une place étonnamment réduite aux cinématographiques venues d’Inde et des pays avoisinants. Seule œuvre d’un pays de cette région à avoir eu l’honneur d’une sélection, Les Éléphants dans la brumerespecte néanmoins bien des règles du film d’auteur européen international, rendant sa présence cannoise finalement assez attendue. Le film a néanmoins l’indéniable puissance liée au lieu de son intrigue, une forme de communauté constituée autour de transsexuels, régie par un mélange entre un mysticisme omniprésent et des règles de vie souvent martiales. Des familles reconstituées sont ainsi fabriquées par la femme gourou du lieu, chacun y a sa place mais dans une atmosphère très stricte d’interdits sévères (pas de sexe, notamment). Jusqu’à la disparition de l’une des jeunes habitantes, disparition qui va bouleverser la vie de sa mère adoptive et celle de toute la communauté. La brume, le mysticisme, la chair et l’esprit : tout s’emmêle effectivement dans la tête des protagonistes, et la mise en scène semble prendre place dans un étrange entre-deux, entre une sensualité assumée et l’atmosphère pesante d’un endroit à la fois miraculeux et hautement toxique. Thriller touchant sur les choix ou le prix à payer (l’acceptation contre la liberté ?), Les Éléphants dans la brume est aussi le portrait d’un groupe désespéré, qui se raccroche à ses rituels pour repousser un monde et une violence qui ne demandent qu’à ressurgir au moindre prétexte.

Pierre-Simon Gutman

Tiniharu. Film népalais d’Abinash Bikram Shah (2026), avec Pushpa Thing Lama, Deepika Yadav, Jasmin Bishwokarma. 1h47. 

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