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La Bataille De Gaulle : l’âge de fer

Il existe bel et bien des blockbusters français… Cette Bataille De Gaulle qui nous est proposée en deux temps (mais le premier volet dure déjà 2h40) nous en met vraiment plein les yeux. Il est vrai que l’on parle d’un budget de 75 millions d’euros. Un record. Mais est-ce pour autant le film de l’année ? En fait il faut bien reconnaître que le bilan est pour le moins partagé. D’abord parce que le fil conducteur s’effiloche. Nous quittons par exemple assez régulièrement De Gaulle pour nous attacher à un jeune résistant parisien (dont nous ne comprendrons que sur le tard l’implication dans l’Histoire). Sur le plan formel, les ruptures de ton sont parfois déconcertantes. Le film a visiblement l’ambition de faire souffler le vent de l’Histoire, mais il se réserve néanmoins le droit de glisser des scènes de comédie qui interpellent. Parfois savoureuses (quand De Gaulle et Churchill débutent leur confrontation, calés derrière leurs interprètes, dont ils font très vite fi, emportés par leur passion… et leur connaissance de la langue de l’autre), ces scènes sont également volontiers ridicules (De Gaulle en Afrique au milieu des éléphants, on est plus dans Tintin au Congo qu’au milieu d’une fresque épique). On a l’impression que Baudry cherche à statufier le chef de la France libre, tout en maintenant une distance qui soulignerait qu’il n’est pas dupe… On ajoutera que Churchill est assez peu ressemblant (et Roosevelt encore moins), que la bataille de Bir Hakeim se taille une place déraisonnable (mais elle est traitée avec panache), etc. Le film mérite pourtant que l’on s’y attarde… Souvenons-nous qu’Antonin Baudry a été diplomate avant de faire du cinéma. Ce sont ses souvenirs (d’une ironie mordante) qui ont nourri le délicieux Quai d’Orsay de Bertrand Tavernier. Or, d’une certaine manière et sans y aller toujours franchement, c’est avec le même état d’esprit que notre homme brosse le portrait de de Gaulle. Droit dans ses bottes jusqu’à la caricature (il n’est pas interdit de préférer la façon dont Gabriel Le Bomin avait dépeint De Gaulle il y a peu, avec Lambert Wilson, tout en humanité, dans le rôle-titre), le général incarné par un Simon Abkarian à moitié convaincu a de fait des points communs avec le ministre campé par Thierry Lhermitte dans le film de Tavernier. En diplomate défroqué, Baudry s’est régalé à décrire l’inconfort de la situation du général, qui ne reste en place que par la mansuétude de Churchill (souvent contre ses ministres), malgré l’hostilité farouche de Roosevelt. Le film est également précieux qui nous explique que la stratégie (aventureuse mais finalement payante) visant à faire basculer les colonies dans le camp de la France libre était un coup de maître… Le film peut parfois agacer, mais on ne s’ennuie pas. Et on se surprend à attendre le second volet avec une certaine curiosité… 

Yves Alion

Film français d’Antonin Baudry (2026), avec Simon Abkarian, Simon Russell Beale, Florian Lesieur, Mathieu Kassovitz. 2h40.

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