Le nouveau film du réalisateur hongrois György Pálfi, dont l’actrice principale se révèle être… une poule, en dit finalement beaucoup plus long qu’on ne pourrait le penser sur le monde qui nous entoure et les problématiques qui traversent aujourd’hui nos sociétés. Le synopsis est d’une simplicité presque absurde : on suit le destin d’une poule qui fuit l’élevage industriel dans lequel elle est née et dont le chemin chaotique la mène jusqu’à un restaurant délabré au bord de la mer. Pourtant, derrière cette apparente légèreté, Pálfi construit un film profondément politique et étonnamment émouvant. À travers le regard de cet animal, le réalisateur livre une fable mordante sur un monde où le vivant semble avoir perdu toute valeur. Le film joue constamment sur les parallèles entre enfermement animal et enfermement humain, exploitation industrielle et exploitation migratoire, instinct maternel et incapacité des hommes à protéger leurs propres enfants. Là où les humains apparaissent souvent brutaux, cyniques ou indifférents, cette petite poule noire devient paradoxalement la figure la plus sensible et la plus profondément humaine du récit. Sans presque recourir aux dialogues, le film parvient à faire naître une véritable empathie. Par sa caméra mobile, son sens du rythme et sa manière très physique de filmer, Pálfi nous plonge dans une expérience presque sensorielle. Différente des autres poules, presque “mouton noir” au milieu du groupe, elle devient peu à peu une figure de résistance discrète dans un univers qui écrase tout ce qui dénote. En mêlant satire sociale, poésie visuelle et regard critique sur nos sociétés contemporaines, Cocotte dépasse largement le simple “film à concept”. Derrière cette histoire improbable, Pálfi signe une œuvre libre et profondément actuelle, qui interroge notre rapport au vivant autant que notre propre humanité.
Myriam Burloux
Kota. Film hongrois de György Pálfi (2026), avec Maria Diakopanayotou, Argyris Pandazaras, Yannis Kokoasmenos. 1h37