Dans une maison isolée au beau milieu d’une plaine, un couple, leur fille et leur voisine immédiate voient débarquer trois hommes qui vont réussir à remettre en cause toutes leurs certitudes. L’un d’eux fut naguère le compagnon de la femme qui a caché son passé à son mari. Dès lors, cette épreuve de vérité va permettre de mesurer la puissance réelle du lien qui les unit et de tous les non-dits qui les séparent. Entreprise périlleuse que de porter à l’écran le roman de Laurent Mauvignier (Éditions de Minuit, 2020) qui se déroule en huis clos. Sous ses allures de thriller à la façon des Chiens de paille se dissimule un drame psychologique à haute tension façon A History of Violence qui repose sur une galerie de portraits particulièrement incarnée. Avec en son cœur une réflexion intense sur la famille, le sujet de prédilection de Léa Mysius. Issue de la filière scénario de la Femis et associée à Arnaud Desplechin et Jacques Audiard, la réalisatrice connaît mieux que personne le poids des mots et le démontre brillamment à travers les relations qu’elle noue entre ses protagonistes sans en sacrifier aucun, ni s’astreindre à de vaines scènes d’explications. Avec l’attention particulière portée à Hafsia Herzi, une fois de plus en état de grâce dans une situation qui la contraint à assumer un passé indésirable, et à ses deux principaux partenaires masculins, Benoît Magimel et Bastien Bouillon. La tension naît enfin de la topographie des lieux : ces deux maisons voisines qui créent un espace oppressant où viennent peu à peu s’engluer ses protagonistes, en proie à un piège inextricable.
Jean-Philippe Guerand
Film franco-belge de Léa Mysius (2026), avec Hafsia Herzi, Benoît Magimel, Bastien Bouillon. 1h54.