Jean propose à sa meilleure amie un projet : traverser la France à la recherche de la lettre que son père aurait laissée à sa mort et qui pourrait l’aider à avancer dans sa vie. Christine, bien que séduite par l’idée au départ, hésite. Elle ne veut pas revoir sa mère. Jean lui propose alors un pacte : dans le même temps, il lira la lettre que son propre père lui a laissée juste avant de se suicider. Une façon, pour tous les deux, d’avancer dans leur histoire personnelle. Gouffres et Merveilles est un film hybride. Très intime et introspectif, il ouvre pourtant constamment son récit vers l’extérieur. Jean Boiron-Lajous adopte une esthétique volontairement rudimentaire. Le film paraît parfois bancal, comme s’il se construisait au gré du voyage, de ses détours et de ses imprévus. Mais cette fragilité formelle épouse finalement celle de la quête : Jean et Christine avancent eux aussi sans savoir exactement ce qu’ils trouveront.
Car derrière la recherche de ces deux lettres se dessine une quête beaucoup plus universelle : celle de ce que nous héritons de nos parents, de leurs silences et de leurs absences. Comment avancer lorsque certaines pièces de notre histoire nous échappent ? Sans forcer l’émotion, le film laisse suffisamment d’espace pour que le spectateur puisse y projeter sa propre histoire. Les blessures racontées sont celles de Christine et Jean, mais les questions qu’elles font naître dépassent largement leur intimité. Et c’est peut-être là, derrière son apparente simplicité et ses maladresses, que Gouffres et Merveilles trouve sa plus grande justesse.
Myriam Burloux
Film documentaire français de Jean Boiron Lajous (2026). 1h19.