Inspiré de faits réels, Primetime nous ramène au milieu des années 2000, lorsque le journaliste Chris Hansen connaît le succès avec To Catch a Predator, une émission américaine dans laquelle des hommes soupçonnés de vouloir avoir des relations sexuelles avec des mineurs sont piégés devant les caméras. Un dispositif aussi spectaculaire que dérangeant, dont Lance Oppenheim interroge les frontières troubles entre investigation, justice et divertissement. Car toute l’ambivalence de Primetime repose sur son personnage principal. Chris Hansen poursuit des hommes dont les intentions ne laissent guère de place au doute, mais la légitimité de son combat se brouille progressivement devant les méthodes employées et, surtout, face à l’attrait grandissant de la célébrité et de l’audience. Où s’arrête alors le travail du journaliste et où commence la mise en spectacle ? Le film se garde bien d’apporter une réponse confortable. Robert Pattinson accompagne cette ambiguïté en composant un Chris Hansen froid, parfois même glaçant. Une interprétation qui participe pleinement au malaise recherché par le film, mais qui contribue aussi à maintenir le spectateur à distance. Son personnage reste difficile à saisir : justicier convaincu du bien-fondé de sa mission, journaliste dévoré par son ambition ou homme progressivement grisé par le pouvoir que lui confère son dispositif ? Cette indécision est certainement l’un des aspects les plus intéressants du film, tout en lui donnant une certaine pesanteur. Lance Oppenheim travaille d’ailleurs constamment cette sensation d’inconfort. La mise en scène, l’image volontairement granuleuse et l’atmosphère poisseuse font de Primetime une expérience rarement agréable. Le film ne cherche pas à l’être. Il place le spectateur dans une position inconfortable, puisqu’il l’oblige lui aussi à regarder un spectacle dont il interroge dans le même temps la légitimité. C’est sans doute là que le film est le plus pertinent : lorsqu’il questionne moins la culpabilité des hommes traqués que le dispositif construit autour d’eux et notre propre fascination pour ces images.
Myriam Burloux
Film américain de Lance Oppenheim (2026), avec Robert Pattinson, Merritt Wever, Skyler Gisondo. 1h49.