l'avant scène cinéma

Les Roches rouges  

Considéré depuis toujours comme un cinéaste nordiste, Bruno Dumont met le cap vers les rives de la Méditerranée et filme dans Les Roches rouges le quotidien d’une bande de gamins qui vivent en toute insouciance, sans adultes pour les surveiller ni veiller sur eux. Du moins on ne les voit jamais. Ce sont des esprits libres au soleil de la Côte d’Azur qui se déplacent sur des mini-quads, sautent depuis les falaises et font l’apprentissage malgré eux de la société. Ces gamins aux alentours de 5 ans, le cinéaste souligne combien ils constituent une bande à part régie par ses propres rites. Leurs propos s’avérant parfois confus, Bruno Dumont s’attarde sur les expressions de leurs visages, filme la naissance de l’amour et son tribut : l’apprentissage brouillon de la haine. Ce microcosme régi par l’instinct repose sur des comportements spontanés parfois extrêmes. C’est le prix de sa liberté utopique. Les Roches rouges est circonscrit dans un espace balisé, un bord de mer, que la caméra observe volontiers en surplomb et dont l’espace est traversé par un viaduc qui relie ce lieu au reste du monde et incitera deux des gamins à s’évader jusqu’à Vintimille. Là, sur un court de tennis, deux joueurs s’affrontent tandis que trois chiens fous vont et viennent en perturbant leurs échanges. L’occasion pour Dumont de se changer en Tati, comme il l’a déjà fait par le passé. Ce film marque une rupture majeure dans l’œuvre de son auteur. Rarement l’enfance a été dépeinte avec une telle insouciance.

Jean-Philippe Guerand

Film portugo-franco-italo-hispano-qatarien de Bruno Dumont (2026), avec Kaylon Lancel, Kelsie Verdeilles, Louise Podolski. 1h30.

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