l'avant scène cinéma

Trois Adieux

Après une dispute presque anodine, Marta et Antonio se séparent. Lui, chef cuisinier, se réfugie dans son travail tandis qu’elle s’enfonce peu à peu dans la tristesse. Marta semble progressivement se retirer du monde. Jusqu’à ce qu’un diagnostic vienne bouleverser la perception qu’elle avait de son propre effondrement : elle est gravement malade et le temps qui lui reste est compté. Trois Adieux repose sur un paradoxe : Marta semble commencer à revivre au moment même où elle apprend qu’elle va mourir. La rupture amoureuse avait comme suspendu son existence ; l’annonce de la maladie lui rend soudain chaque sensation plus précieuse. La nourriture retrouve un goût, la musique une intensité, le désir une place. Isabel Coixet ne filme jamais cette transformation comme une injonction à profiter de chaque instant. Quelque chose de beaucoup plus fragile se joue dans cette femme qui, confrontée à l’imminence de sa disparition, semble enfin regarder autrement ce qui l’entoure. Alba Rohrwacher porte cette transformation avec une justesse remarquable. Son corps semble d’abord traduire tout ce que Marta ne parvient plus à exprimer : l’abattement, le manque. Puis quelque chose se déplace imperceptiblement. Sans jamais chercher l’émotion facile, l’actrice fait apparaître une femme qui retrouve une forme de présence à elle-même au moment où son corps commence à lui échapper. Isabel Coixet accompagne ce mouvement avec beaucoup de délicatesse. Trois Adieux parle de ce que l’imminence de la mort vient modifier dans notre manière d’habiter le présent, d’aimer et de regarder ceux qui nous entourent. Un film profondément émouvant, porté par une Alba Rohrwacher bouleversante.

Myriam Burloux 

Tre ciotole. Film italien de Isabel Coixet (2026), avec Alba Rohrwacher, Elio Germano, Galatea Bellugi. 2h

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