l'avant scène cinéma

Decorado

Si, comme Arnold, le personnage principal du nouveau long métrage d’Alberto Vazquez, vous avez parfois l’impression que tout ce qui vous entoure est un décor, habité par de pitoyables figurants, et scénarisé par un écrivain alcoolique et au bout du rouleau, vous allez adorer cette fable nihiliste désespérée qui dénonce (parfois avec la subtilité d’un 33 tonnes, il est vrai) la société d’artifices et d’apparence qui est la nôtre.

Reprenant les ingrédients principaux de l’un de ses courts métrages phare, le cinéaste galicien met une nouvelle fois son graphisme rond et enfantin au service d’une histoire cynique – et d’un pessimisme crasse – dans laquelle les individus sont pris dans un système tentaculaire qui fait tout pour les couper de leurs propres émotions (à grands renforts de psychotropes s’il le faut) et de la réalité de leur existence, dans le but affiché et paradoxal de les rendre « heureux » – et surtout d’alimenter un système capitaliste en roue libre. En étoffant les situations et les personnages qui étaient plus esquissés dans le court, le récit gagne en narration et en cohérence, quitte à perdre parfois en bizarrerie et en percutant. Son univers malaisant et dépressif peut par ailleurs sembler éprouvant dans un format long qui démultiplie les effets de loupe sur tout ce qui va mal dans le monde (pollution, corruption, déshumanisation, injustice…). Et pourtant, on ne peut s’empêcher de (sou)rire devant cette avalanche d’absurdités qui croquent à grands traits nos propres travers. On ne sait plus très bien, au bout du compte, si Alberto Vasquez déforme notre réalité ou, au contraire, la révèle sous son jour véritable, débarrassée des faux-semblants qui la rendent d’habitude plus supportable.   

Marie-Pauline Mollaret

Film d’animation espagnol d’Alberto Vazquez (2025), avec les voix de Asier Hormaza, Kandido Uranga, Oscar Fernandez, Mikel Garmendia. 1h35

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