l'avant scène cinéma

Mata 

Militaire de formation, Rachel Lang a manifesté dans ses deux premiers films, Baden Baden (2016) et Mon légionnaire (2021), son penchant indéniable pour un certain sens du devoir et de la discipline. Elle semble trouver aujourd’hui avec Mata un sujet propice à l’expression de toutes ses qualités. Blessée au cours d’une opération clandestine au Niger où a disparu son compagnon, une agente de la DGSE est mutée à la DGSI où la mission de contre-espionnage qui lui est confiée résonne en écho à son passé, alors que sa hiérarchie s’active pour l’empêcher d’accéder à une vérité qui dérange. De cette intrigue filandreuse à souhait, la réalisatrice tire un thriller à l’os qui a retenu toutes les leçons de la série d’Éric Rochant Le Bureau des légendes par sa vision moderne du petit monde des services secrets. Avec comme figure de proue la femme désabusée qu’incarne Eye Haïdara dont la carrière a pris en l’espace de quelques mois un tournant décisif à travers des rôles de plus en plus denses dont celui d’une chanteuse d’opéra féministe dans L’Objet du délit d’Agnès Jaoui qui sort simultanément. Mata remplit le contrat qu’il s’est assigné sur un registre balisé. La réussite du film de Rachel Lang est d’éviter de prendre systématiquement une longueur d’avance sur ses personnages, comme il est trop souvent d’usage dans le cinéma d’espionnage. Elle en confie par ailleurs les rôles principaux à des acteurs qui réussissent à exister quelle que soit la durée de leur présence à l’écran. Mentions particulières à Joséphine Japy en barbouze à sang froid et Hakim Jemili en émule de Géo Trouvetout.

Jean-Philippe Guerand

Film franco-belge de Rachel Lang (2026), avec Eye Haïdara, Joséphine Japy, Raphaël Personnaz, Hakim Jemili 1h38. 

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