Le talent des meilleurs adeptes du one-man-show est de flirter en permanence avec le danger, ne jamais savoir si le public va rire ou s’indigner. En ce domaine Lenny Bruce ou Pierre Desproge étaient des as… Avec L’Objet du délitAgnès Jaoui se place dans la même situation. Elle se rit du politiquement correct en étant certaine qu’elle va se faire huer par les uns, jugeant le film parfaitement réac, et applaudir par les autres (dont nous sommes sans hésitation) tant la prise de risque devient rare. Si « l’objet du délit » est manifestement le sexe masculin, le film balançant en permanence entre la condamnation des attitudes sexistes et une vraie lassitude devant des réflexes #Metoo souvent robotisés. L’histoire est celle d’une troupe d’artistes lyriques lancée dans une représentation des Noces de Figaro (en son temps révolutionnaire quant aux relations hommes/femmes). Mais des obstacles innombrables se dressent sur son chemin : les motivations des uns et des autres souvent antagonistes, les accès d’égoïsme, les questions de fric, etc. Plus le poil à gratter d’un féminisme sans nuance… Agnès Jaoui ne pouvait pas ignorer que son film serait casse-gueule, mais elle y va avec bravoure, se réservant le rôle d’une chanteuse d’opéra qui en a vu et qui a la sagesse de tenter de ménager la chèvre et le chou. Le film nous régale à allumer des pétards, à retourner les évidences, à provoquer les bonnes consciences. On se souvient alors que Jaoui avait débuté derrière la caméra avec Le Goût des autres, où déjà elle voulait briser en mille morceaux les idées toutes faites.
Yves Alion
Film français d’Agnès Jaoui (2026), avec Daniel Auteuil, Agnès Jaoui, Eye Haïdara. 2h14.