Pendant un camp d’été pour adolescents, un enfant de 12 ans plus fragile que ses camarades devient leur souffre-douleur. Accusé d’avoir la peste et d’être contagieux, il se trouve de plus en plus marginalisé du groupe, otage d’un jeu pervers à l’insu d’un moniteur impuissant à exercer son autorité. Cette période de la vie qu’on surnomme judicieusement l’âge ingrat inspire à Charlie Polinger un film d’une rare perversité où les événements les plus anodins finissent par revêtir un caractère fantastique. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le réalisateur s’est vu proposer dans la foulée de tourner une nouvelle adaptation du Masque de la mort rouge d’Edgar Poe. Il transcende littéralement son sujet par une mise en scène oppressante à souhait et confère à cette vision de l’adolescence comme l’âge de tous les excès une noirceur où le passage à l’acte s’avère au fond moins néfaste que l’atmosphère délétère dans laquelle se déroule cette épreuve initiatique, quelque part entre If… (1968) de Lindsay Anderson et Grave (2016) de Julia Ducournau. La singularité de The Plague consiste à éviter de prendre fait et cause en faveur de la victime ou de ses bourreaux en matérialisant le choc tellurique que représente la puberté à l’aide d’éléments esthétiques sinon visionnaires. À l’instar de cette image inoubliable choisie pour l’affiche de ces jambes qui s’agitent sous l’eau et semblent exprimer la détresse de cet âge dont on dit symboliquement qu’il consiste à passer dans le grand bain. Le film n’a pas volé le grand prix et le prix de la critique qu’il a obtenus au festival de Deauville.
J.-P. G.
Film américain de Charlie Polinger (2025), avec Joel Edgerton, Everett Blunck, Elliott Hefferman 1h35.