Dans le Chili de 1973, deux agents de la CIA sont envoyés sur l’île de Pâques Atteint d’une maladie neuro-dégénérative, le plus âgé raconte volontiers qu’un coup d’Etat est imminent… Il devient l’homme à abattre pour ses supérieurs, mais celui à protéger pour son jeune partenaire qui éprouve une réelle empathie à son égard. De ce sujet délirant, le réalisateur de Bons Baisers de Bruges tire une comédie décalée qui doit beaucoup au contraste de ses deux interprètes principaux, Sam Rockwell et John Malkovich, d’ailleurs primé à Venise pour sa composition délirante. En s’appuyant sur un événement politique majeur, Wild Horse 9 se paie tous les culots, en imaginant un monde dans lequel un chien fou des services secrets devient une menace pour son agence dominée par la loi du silence et des barbouzeries aux conséquences souvent tragiques pour les populations. Le film repose sur trois atouts majeurs : son contexte historique connu de tous, la présence magique des statues géantes de l’Île de Pâques et la qualité d’une interprétation au service d’un humour pince-sans-rire assez jubilatoire. La mécanique du film évoque quant à elle une série de science-fiction des années 60, Au cœur du temps, d’Irwin Allen dont le principe consistait pour des chercheurs à se téléporter à la veille d’événements historiques afin de les empêcher d’advenir. Sinon qu’ici le coup d’état de Pinochet semble inéluctable et que personne ne semble prêter attention aux propos de ce type un rien fantasque qui crie au loup dans le désert. Cette comédie narquoise est un régal.
Jean-Philippe Guerand
Film anglo-américano-chilien de Martin McDonagh (2026), avec John Malkovich, Sam Rockwell, Steve Buscemi 1h58.