Comme Nagisha Oshima, Koreada ou son maître Kyoshi Kuozawa, Hamaguchi cède donc aux sirènes de la production internationale. Ce genre d’entreprise peut parfois toucher au piège, surtout lorsque les cinéastes tentent de transplanter leur cinéma habituel dans un autre lieu, une autre langue, et produisent ainsi un objet parfois embarrassant. Hamaguchi contourne un peu le problème en situant son intrigue entre le Japon et la France, sur le rapport très intense entre deux femmes, une artiste japonaise et la directrice d’une maison de retraite expérimentale conçue pour tester de nouvelles méthodes basées sur la bienveillance. Cette ode à une approche humaine, perturbée par l’arrivée de la vie et de la maladie, se concentre sur de longues scènes de dialogue où les deux femmes exposent leurs visions du monde et se séduisent ainsi l’une l’autre. La force du long métrage réside d’abord dans l’étrangeté du regard que conserve Hamaguchi sur la société française. Le film s’inscrit dans une sorte de radicalité de la parole et du regard mélangé, l’un n’allant pas sans l’autre. Les longs tunnels dialogués sont autant des espaces de discussions que certains trouveront naïves, qu’une découverte portée sur un être. Derrière la charge politique pas toujours légère du récit, l’enjeu profond de l’œuvre réside peut-être là : regarder à nouveau l’autre, principe fondateur de la philosophie de l’héroïne et du lieu qu’elle a créé. Se souvenant peut-être de leçons du patron Renoir, Hamaguchi réussit le passage à l’international en faisant de la découverte de l’Autre son point cardinal.
Pierre-Simon Gutman
All of a sudden. Film franco-japonais de Ryūsuke Hamaguchi (2026), avec Virginie Efira, Tao Okomato, Gabriel Dahmani. 3h15.