Certaines violences ne laissent pas de traces visibles. Elles s’installent lentement, au cœur même de l’intimité… Avec Si tu penses bien, Géraldine Nakache explore ces zones grises des relations amoureuses où l’emprise se construit presque à bas bruit. Le film suit Gil et Jacques, deux êtres fragiles qui se rencontrent à un moment charnière de leur existence. Très vite, leur relation s’accélère : une grossesse inattendue, un mariage, une vie commune qui semble se construire avec évidence. Mais derrière cette apparente stabilité, des fissures apparaissent. Le film montre aussi comment certaines injonctions religieuses, loin d’apporter un refuge, peuvent devenir un outil supplémentaire de domination au sein du couple. Là où le film trouve sa singularité, c’est dans sa manière de représenter l’emprise, à la fois affective, psychologique et spirituelle. Géraldine Nakache s’intéresse à ce qui se joue dans les détails du quotidien, dans les mots qui blessent sans en avoir l’air… Cette approche donne au récit une dimension particulièrement troublante, tant elle renvoie à des réalités souvent difficiles à identifier. Cette justesse repose en grande partie sur l’interprétation de Monia Chokri. Dont le personnage semble constamment lutter pour préserver quelque chose d’elle-même. Son visage laisse affleurer tour à tour la fatigue, l’incompréhension, la peur ou la colère contenue, donnant au film sa plus grande force émotionnelle. Si tu penses bien surprend par sa gravité et son humanité. Un film sensible qui observe avec finesse la manière dont certaines relations peuvent lentement faire vaciller ceux qui les vivent.
Myriam Burloux
Film français de Géraldine Nakache (2026), avec Mona Chokri, Niels Schneider, Clémentin Celarié. 1h34.