l'avant scène cinéma

L’Odyssée

On peut détester Christopher Nolan, et beaucoup ne s’en privent pas, mais il faut lui reconnaître une qualité difficilement niable : dans un monde où chaque nouvelle superproduction américaine semble construite en comité, cherchant à contenir tous les publics et donc aucun, Nolan reste le dernier cinéaste capable de livrer des blockbusters surfinancés provenant d’une vision unique et spécifique, la sienne. Le cinéaste applique donc son traitement au texte d’Homère et, par un twist psychologique assez cohérent, transforme Ulysse en personnage nolanien, c’est-à-dire en un surhomme torturé qui se retrouve face aux conséquences de ses actions, agressé par des ennemis, des situations, finalement tous surgis de ses propres choix. Bien évidemment, le récit repose sur la juxtaposition de blocs narratifs, dans un schéma devenu typique du réalisateur, qui n’a jamais sur créer du spectaculaire par l’action (qu’il ne sait pas très bien filmer) ou par l’émotion (qui ne fut jamais sa passion). Ce fut toujours l’agencement narratifs, le puzzle créé par l’enchevêtrement des temps, des actions, des protagonistes, que Nolan a captivé son public. Pour le reste, L’Odyssée est un film plutôt austère, même pour l’auteur. Après tout, c’est un récit de l’après (après la guerre, après les batailles, après la victoire). Le récit épique est celui d’Achille, L’Illiade, et Nolan accentue l’aspect intime et crépusculaire de L’Odyssée, en en faisant la description d’un monde en train de s’effondrer. Le résultat, asse proche de Dunkirk dans sa sécheresse, ravira les fans du cinéaste, laissera les autres de marbre. Quant aux amateurs d’Homère, ils pourront se consoler en se rappelant de trahisons (Ulysse 31 !) plus spectaculaire.

Pierre-Simon Gutman

The Odyssey. Film américain de Christopher Nolan (2026), avec Matt Damon, Tom Holland, Anne Hattaway, Robert Pattinson. 2h52.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut