Tandis que l’animation contemporaine semble parfois focalisée jusqu’à l’obsession sur les questions de photoréalisme, de fluidité et de perfection, Quentin Dupieux prend le contrepied total en réalisant un film bricolé qui rappelle les beaux jours des jeux 3D du début des années 2000, comme les Sims ou GTA : Vice City (cité par le cinéaste lui-même comme l’une des références pour le projet), avec des graphismes polygonaux, une animation saccadée et un véritable hommage aux bugs et autres glitches. Ce qui pourrait sembler une facétie de plus de la part d’un réalisateur qui tourne tellement qu’il peut parfois ne pas sembler très regardant sur le résultat final, prouve au contraire très vite sa pertinence, puisqu’il met en scène la dérive existentielle de deux amis qui découvrent qu’ils vivent dans une simulation. Voir des caricatures numériques d’Alain Chabat et Jonathan Cohen ausculter cet univers outrageusement factice en s’interrogeant sur le sens de leur existence est à la fois hilarant et peu à peu troublant. Car même si la satire finit par tourner gentiment en rond – faute de véritablement rebondir une fois posées les prémisses – il y a derrière l’absurdité des dialogues et des situations un regard juste sur une époque indéniablement contaminée par le virtuel. Volontairement moins philosophique et profond qu’une oeuvre comme Matrix, à laquelle les deux protagonistes se réfèrent plus pour la blague que dans l’idée d’une filiation, Le Vertige s’empare habilement de questionnements et ressentis ultracontemporains, mais laisse à d’autres la responsabilité d’en tirer des conséquences.
Marie-Pauline Mollaret
Film d’animation français de Quentin Dupieux (2026) avec les voix d’Alain Chabat, Anaïs Demoustier, Jonathan Cohen, Jean-Marie Winling. 1h07