Pierre Salvadori fait partie avec Bruno Podalydès, Jérôme Bonnell et quelques autres de ces cinéastes qui nous laissent croire que la comédie peut avoir des ailes et déclencher autre chose que des rires gras ou automatiques. La Vénus électrique n’est sans doute pas son film le plus drôle, mais tout en changeant radicalement de cadre (c’est le premier film non-contemporain du signataire des Apprentis) il ne dépare pas dans une œuvre tout en délicatesse où l’humour, souvent politesse du désespoir, se pelotonne entre bienveillante cruauté et critique sociale. L’histoire est celle d’une crève-la-faim qui joue les utilités dans une foire, que les circonstances amènent à se faire passer pour une voyante qui communique avec l’au-delà, permettant à un jeune veuf éploré à renouer avec sa femme défunte. La manipulation, le mensonge, l’occultisme et les histoires de gros sous trouvent naturellement leur place dans le paysage (en fait si le décor change, les passions humaines, qu’elles soient admirables ou sordides, restent les mêmes). La Vénus électrique a toutes les qualités. Outre un casting parfait, il nous donne à voir autant qu’à penser. Et à ressentir à l’occasion les plus belles des émotions. En exprimant ce qui devrait être au fond une évidence pour tous : la force de l’amour, qui de toute évidence, dépasse les rives grisâtres du réel pour acquérir une dimension fantastique, voire métaphysique, prime sur tous les petits calculs de ce bas monde.
Yves Alion
Film français de Pierre Salvadori (2026), avec Anaïs Demoustier, Pio Marmaï, Gilles Lellouche, Vimala Pons. 2h02.