Juste une illusion. Une bonne et belle façon de parler du cinéma qui se situe dans un improbable entre-deux puisqu’il est à la fois (du moins concernant les films de fiction) une pure construction de l’esprit, une œuvre d’art au meilleur sens du terme et le reflet plus ou moins fantasmé, plus ou moins magnifié de nos vies. Par ailleurs c’est aussi le titre d’une chanson de Jean-Louis Aubert, un hit, enregistré en juin 1986, deux mois à peine après l’éclatement de Téléphone, le groupe dont il était le chanteur. Paradoxalement on n’entend pas cette (belle) chanson dans le film de Tolédano et Nakache. Mais on entend Un autre monde, enregistré par Téléphone deux ans plus tôt, qui ne tardera pas à devenir l’hymne de toute une génération. Un autre monde ? C’est exactement de cela que parle le film. D’une part parce que le personnage principal est un enfant qui prend le tournant de l’adolescence, avec tous les espoirs et tous les tracas que cela suppose, de l’autre parce que les années 1980 sont elles aussi riches en bouleversements. Les Trente glorieuses sont définitivement enterrées, le chômage prend son envol, la gauche accède au pouvoir, le numérique pointe le bout de son nez… tout comme le sida.
Ce qui est formidable dans les films d’Éric Tolédano et Olivier Nakache, c’est cette capacité des deux cinéastes à partir d’expériences ou de sensations purement personnelles pour déboucher sur un panorama on ne peut plus populaire et consensuel. Le triomphe (il n’y a pas d’autres mots) d’Intouchable (près de 20 millions d’entrées en France, et sans doute autant à l’étranger) l’atteste. Juste une illusion cite deux cinéastes majeurs de l’Histoire du cinéma : Claude Lelouch et Dino Risi. Ce n’est évidemment pas un hasard, la liberté du premier et l’ironie du second ne pouvaient que faire bon ménage. Il est évident que Juste une illusion (comme nombre des films qui l’ont précédé) doit beaucoup à la comédie italienne. Dont l’humour est souvent grinçant (mais jamais cynique) et la description du monde dans lequel se meuvent les personnages, volontiers teintée de marqueurs sociaux, voire politiques. Juste une illusion ravira ceux qui ont un peu de nostalgie pour les années 80, mais il va de soi que les autres ne seront pas lésés…
Yves Alion
Film français d’Olivier Nakachye et Eric Tolédano (2026), avec Louis Garrel, Camille Cottin, Pierre Lottin. 1h56.