l'avant scène cinéma

Home stories

Home stories n’est pas un film aisé à raconter parce qu’il est multiple. Léa a 16 ans, elle adore la musique. Elle vit dans l’hôtel en faillite de ses grands-parents, ses parents sont en train de divorcer et sa mère est enceinte d’un autre homme. Quand, un jour, son père lui fait la surprise : elle va participer aux auditions pour une émission de téléréalité. Tout bascule le jour où l’équipe vient l’interviewer et lui demande qui elle est. Impossible de répondre à cette question.  À l’heure où chacun est sommé de raconter sa propre histoire, Eva Trobisch interroge moins ce que nous sommes que la manière dont nous construisons le récit de notre identité. Léa cherche à comprendre qui elle est ; ses parents tentent de se réinventer après leur séparation ; les grands-parents voient disparaître avec la faillite de l’hôtel le monde qu’ils avaient bâti ; sa tante, qui travaille dans un musée, consacre son métier à préserver et transmettre d’autres récits. Tous cherchent à donner du sens à leur existence. L’hôtel devient alors le point de convergence de ces trajectoires, un lieu où les identités se construisent, vacillent et se recomposent au fil du temps. La téléréalité apparaît alors comme le contrepoint de cette complexité. Là où le dispositif réclame un récit limpide, une personnalité immédiatement identifiable et quelques phrases capables de résumer une vie, Léa se heurte au désordre du réel. Comment se définir lorsque tout est en train de changer ? Eva Trobisch oppose ainsi la simplicité des récits médiatiques, qui donnent l’illusion que chacun peut façonner l’image qu’il souhaite offrir au monde, au chaos des existences, toujours traversées par les contradictions, les héritages et les ruptures. Son héroïne n’est pas incapable de répondre ; elle refuse, sans doute malgré elle, de réduire ce qu’elle est à une formule. Cette réflexion irrigue tout le film avec une grande délicatesse. Sans jamais juger ses personnages ni caricaturer la téléréalité, Eva Trobisch filme l’adolescence comme un âge où l’identité demeure un territoire mouvant, impossible à enfermer dans un récit prêt à l’emploi. Une proposition sensible qui rappelle qu’avant de savoir raconter sa vie, encore faut-il avoir eu le temps de la vivre.

Myriam Burloux

Etwas ganz Besonderes, un film de Eva Trobisch, avec Frida Hornemann, Max Riemelt, Eva Löbau. 1h56

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