l'avant scène cinéma

Die my love 

Chaque année, un long-métrage meurt de sa présentation cannoise. Die My Love remplit tout à fait les cases de l’édition 2025 : une œuvre attendue d’une cinéaste reconnue, servie par deux stars charismatiques (Jennifer Lawrence et Robert Pattinson) et une réputation vaguement sulfureuse. La hype, le glam hollywoodien, le prestige d’une auteure, tout y était et l’échec critique flagrant des projections n’en fut que plus cuisant. Réévaluer le film quelques mois plus tard, en dehors des passions du festival, est indispensable pour poser un point de vue un peu plus juste. Que dire alors de Die My Love ? D’abord que la passion de la cinéaste pour les intrigues très minimalistes étirées par la réalisation et l’atmosphère (voire A Beautiful Day) ne faiblit guère. Die My Love tient sur une prémisse en apparence simple, celle d’une jeune femme qui sombre dans une forme de folie dépressive sévère alors que son couple s’enfonce dans la crise. Le propos de Ramsay reste néanmoins assez confus, alors que les responsabilités et les rôles s’échangent au cours d’un récit qui semble faire de l’opacité des situations et des protagonistes son essence. En résulte un film trip, un voyage sensoriel pour reprendre un thème couru. Cette vision de la mise en scène comme expérience (de la folie, de l’ambiguïté, de l’amour passionnel) semble prendre chez la réalisatrice la place du point de vue, annihilant toute clarté sur les enjeux, le propos, les personnages. Reste une souffrance incarnée par l’actrice, une douleur exhibée mais un peu abstraite car déconnectée d’une âme, d’un centre, qui l’aurait incarnée et justifiée.

Pierre-Simon Gutman

Film américain de Lynne Ramsay (2025), avec Jennifer Lawrence, Robert Pattinson, Sissy Spacek. 1h58. 

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