l'avant scène cinéma

Butterfly Jam 

De l’aveu même de Kantemir Balagov, Butterfly Jam est un “conte de fées sur la masculinité”, un film qui prend à contrepied les clichés du genre avec des personnages masculins dont les rapports ne reposent pas sur la force et la virilité, mais sur la tendresse, l’amitié et l’humour. Situé dans une petite communauté tcherkesse aux Etats-Unis, le film suit un jeune lutteur talentueux qui voue une admiration sans borne à son père, Azik. Mais la construction du film, conçu comme un long flashback, nous donne le sentiment de regarder un monde en train de se fissurer. Car on l’a découvert en ouverture : Azik va mourir, laissant son fils inconsolable. Le récit se présente alors sous la forme d’une chronique ouverte qui brosse en filigrane le portrait de ses principaux protagonistes, et de la difficulté qu’ils éprouvent à être eux-mêmes dans un monde fait d’injonctions traditionnelles. 

Le cinéaste fait preuve d’une vraie générosité dans sa mise en scène, qui semble ne pouvoir se lasser de cadrer et recadrer les visages, d’une caméra toujours mobile et immergée dans l’action, moins performative et voyante que dans ses précédents longs métrages. Sa démarche est tout entière au service de ce lien indéfectible entre le père et le fils, qui ne cessent de se protéger l’un l’autre, de peur de se décevoir ou de se faire du mal.  C’est pourquoi la dernière partie du film, qui tranche brutalement, peut sembler contre-productive. Comme s’il fallait absolument apporter un éclairage non seulement tragique, mais surtout sordide, à un récit dont la simplicité et la douceur étaient la force. 

Marie-Pauline Mollaret

Film américain de Kantemir Balagov (2026), avec Barry Keoghan, Talha Akdogan, Riley Keough, Harry Melling, Jaliyah Richards. 1h42. 

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