l'avant scène cinéma

L’Arabe

Au cours de la guerre civile algérienne, un journaliste fait la connaissance d’un vieil homme qui affirme être le frère de l’Arabe assassiné par le héros de L’Etranger, d’Albert Camus. Un postulat audacieux dont Kamel Daoud a tiré Meursault, contre-enquête, Prix Goncourt du premier roman envoûtant par la perspective qu’il donne à ce monument de la littérature porté à l’écran par François Ozon il y a tout juste un an. Il s’y attache à la personnalité de cette victime auréolée d’un mystère romanesque que Camus a choisi d’anonymiser. En le faisant sortir de l’ombre, le livre et le film se livrent à une réflexion sur la colonisation en mettant cette période en miroir avec le terrorisme de la période 1992-2002. La réussite du film repose pour une bonne part sur cette soif de vérité et de réhabilitation qui hante ses protagonistes, avec en contre-point la détresse de la mater dolorosa qu’incarne magnifiquement Hiam Abbass. Fort de trois décennies consacrées au documentaire, Malek Bensmaïl, qui a écrit le scénario avec Jacques Fieschi, signe un premier long métrage de fiction d’une rare intensité qui n’est ni dans la lamentation ni dans la revendication, mais adapte avec honnêteté le roman de Kamel Daoud. Un film intègre qui raccorde avec les partis-pris de François Ozon et notamment son usage du noir et blanc. L’Arabe se livre à la mise en abyme passionnante d’un classique de la littérature en le confrontant à deux moments déterminants de l’histoire algérienne et à la nécessité pour les jeunes générations de reprendre enfin en main un destin qui leur a trop longtemps échappé.

Jean-Philippe Guerand

Film franco-algéro-belgo-helvéto-saoudien de Malek Bensmail (2025), avec Ahmed Benaissa, Hiam Abbass, Nabil Asli, Dali Benssalah 1h46. 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut