Louis Clichy s’appuie sur des souvenirs d’enfance dans la Beauce pour aborder le sentiment ténu de ne pas tout à fait trouver sa place dans le monde. Il le fait par le prisme de Christophe, un jeune garçon qui se met soudainement à pencher, au sens propre du terme. Mêlant l’humour des situations à la tendresse d’une émotion feutrée, il dépeint ainsi le parcours initiatique de son personnage. Son corps corseté devient une porte vers l’imaginaire, et la possibilité d’aborder très allégoriquement l’idée de rigidité et de formatage, tout en jouant visuellement sur le décalage de point de vue et le « risque » symbolique qu’il fait courir sur le monde (celui de tout renverser). On est à la fois dans un récit d’apprentissage et dans le portrait plus social d’un milieu fermé sur lui-même et des conflits générationnels que cela engendre.
Le cinéaste fait le choix d’une esthétique très douce, à l’aquarelle, qui se concentre sur des couleurs pastels, dans une palette chromatique réduite qui accentue les jeux d’ombres et de lumières, fait ressortir les ciels et les horizons immenses, met en valeur la puissance des traits. Cela teinte instantanément le film d’une nostalgie enchantée, d’une forme de réalisme poétique qui évoque tout à la fois les impressions fragmentées de l’enfance et le souvenir forcément réinventé qu’on en a. Bien que le récit retombe dans sa seconde partie dans quelque chose de plus attendu, avec suspense et rebondissements, c’est ainsi qu’il nous reste en tête, comme un bonbon acidulé qui ressuscite miraculeusement des sensations du passé.
Marie-Pauline Mollaret
Film d’animation français de Louis Clichy (2026), avec les voix de Gary Clichy, Rod Paradot, Brune Moulin, Dimitri Colas, Aurélie Vassort, Alexandre Astier, Jean-Pascal Zad. 1h29.