l'avant scène cinéma

Où vont les âmes 

Où vont les âmes ? est un film d’une grande poésie, mais aussi d’une profonde dureté. Anna, 18 ans, atteinte d’un cancer, décide de demander l’aide à mourir. Pour l’accompagner, elle souhaite retrouver ses demi-sœurs, qu’elle n’a pas revues depuis le procès de leur père, accusé de viol et de violences sexuelles. Ensemble, elles vont devoir affronter les blessures du passé autant que la mort à venir. Anna est une jeune femme sensible, à l’aube d’une vie qui doit pourtant s’arrêter beaucoup trop tôt. Elle passe son temps à photographier, mettre en scène, créer des compositions, comme autant de tentatives pour laisser une trace, une empreinte de son passage. Pour son premier long métrage de fiction, Brigitte Poupart s’empare ainsi d’un sujet lourd et difficile, accompagnée par de magnifiques actrices qui apportent aux personnages leur sensibilité, leur rudesse, leurs peurs et leurs failles. Le soin apporté à l’image, aux cadres et à la création nous permet, en tant que spectateurs, d’accompagner doucement Anna, de nous familiariser avec son choix et, sinon de l’accepter, du moins de tenter de le comprendre. Mais un autre spectre domine l’espace : celui du père. La maison lui appartient et c’est pourtant là qu’Anna a décidé de vivre les dernières années de sa vie, puis ses derniers instants. Il existe surtout par sa voix. On ne le voit jamais, mais on l’entend, tendre et doux lorsqu’il parle à sa fille, nourrissant l’espoir de sortir de prison avant qu’elle ne meure. Cette douceur trouble, parce qu’elle se heurte à ce que l’on sait de lui. Invisible, il reste pourtant omniprésent, incarnation de la fracture qui traverse cette famille. La couleur de l’image, très travaillée, laisse elle aussi une sensation douce-amère. Les fleurs, l’eau et la nature qui entourent Anna semblent célébrer ce qui reste de vivant, tandis que le ciel gris et lourd rappelle constamment ce qui approche. La beauté n’efface jamais la douleur : elle lui offre simplement un espace dans lequel exister. Où vont les âmes ? est ainsi un film profondément humain, qui ne sublime pas la mort mais nous permet peu à peu d’en apprivoiser l’idée. Anna cherche à laisser derrière elle des images, des traces, quelque chose qui demeure. Peut-être parce que, finalement, personne ne sait vraiment où vont les âmes.

Myriam Burloux

Film canadien de Brigitte Poupart (2026), avec Monia Chokri, Sylvie Testud, Sara Montpetit. 2h01. 

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