À l’origine de ce film, il y a un pari assez fou : confier à Isabelle Huppert, dont on pourrait croire qu’elle a déjà tout joué, le rôle d’une figurante de cinéma plutôt envahissante qui se glisse dans l’intimité de Sandrine Kiberlain et Anne Marivin, quant à elles dans leurs propres rôles. Un défi comme les affectionne l’actrice qui ne fait qu’une bouchée de ce personnage bien décidé à sortir enfin de l’anonymat. Prétexte à un scénario très habile qui nous entraîne dans les coulisses du cinéma français avec pour guide une femme condamnée à n’être qu’entrevue. Pour avoir déjà dirigé Isabelle Huppert dans Copacabana (2010), La Ritournelle (2014) et un épisode de la série Dix pour cent, et Sandrine Kiberlain dans La Vie d’artiste (2007) et Pauline détective (2012), le réalisateur met cette expérience au service d’un portrait alerte de ces obscurs et sans-grade qui peuplent notre cinéma. La gageure de Ni vue, ni connue consiste à confier ce rôle ingrat à une star qui s’en délecte sans modération et réussit à se montrer à la fois drôle et touchante. C’est une excellente idée de prendre pour vedette une forçate de la gloire qui tente d’exister par tous les moyens et à laquelle son expérience des plateaux a donné une connaissance en profondeur de leurs us et coutumes. En braquant sa caméra sur cette femme invisible, Marc Fitoussi signe une comédie acide qui expose un aspect rarement montré du cinéma, tout en dépeignant cet univers avec une férocité complice comme un microcosme en proie à sa propre version de la lutte des classes. Immersion réussie et le plus souvent fort jubilatoire.
Jean-Philippe Guerand
Film français de Marc Fitoussi (2026), avec Isabelle Huppert, Sandrine Kiberlain, Anne Marivin, Ana Girardot. 1h55.