Le premier mérite de ce petit dernier du prolifique Alexandre Arcady est de ne pas se laisser cerner facilement. Ce face-à-face entre un grand chef d’orchestre et un admirateur un rien collant prend d’abord des airs de comédie, Benoit Poelvoorde et Kad Merad étant des habitués du genre. Mais le ton devient assez vite grinçant et l’on se dirige alors vers une version française contemporaine de La Valse des pantins (Martin Scorsese, 1983), quand un De Niro bien frapadingue séquestrait soin idole, jouée par Jerry Lewis. L’admiration sans borne parfois débouche sur des pathologies graves. L’assassin de John Lennon, Mark David Chapman en sait quelque chose. Mais le huis-clos (dont la tension ne faiblit pas une seconde, grâce aux deux comédiens, impeccables de bout en bout) accueille à sa table un nouvel invité que l’on n’attendait pas : la question de la responsabilité des artistes ayant accepté le fermer les yeux devant les exactions nazies. Un sujet magnifiquement traité dans Taking Sides, d’Istvan Szabo, d’après une pièce de Donald Harwood, qui mettait en lumière le parcours de Furtwangler, l’un des musiciens choyés par Hitler. On se souvient alors qu’Alexandre Arcady n’a pas tourné que des films ayant son Algérie chérie au cœur, mais qu’il est également le signataire de K, vertigineuse plongée paranoïaque dans quelques remugles nauséabonds du IIIè Reich. Nous n’en dirons pas plus… Si ce n’est que ce film, qui parle aussi beaucoup de musique et nous en fait profiter, ne laisse pas échapper la moindre fausse note. Certains notes sont parfois un peu appuyées, mais elles sonnent juste…
Yves Alion
Film franco-belge d’Alexandre Arcady (2026), avec Benoit Poelvoorde, Kad Merad, Caterina Murino. 1h30.