l'avant scène cinéma

Teenage Sex and Death at Camp Miasma

Comme pour le précèdent, I Saw the TV Glow, le récit prend pour point de départ une obsession culturelle, une franchise d’horreur clairement décalquée de Vendredi 13 prenant ici la place de la série télé. Sur ce point de départ identique, Schoebrun propose un récit à tiroir, à la fois satire du Hollywood actuel et journal intime de spectatrice. Elle épouse le regard d’une cinéaste indépendante chargée de relancer la franchise, et qui va partir à la recherche de la star du premier opus, isolée loin du monde. Il y a bien évidemment du Sunset Boulevard dans le prétexte narratif, et la caricature de l’industrie du cinéma américaine, avec son obsession pour les vieux succès confiés à des auteurs LGBT, est à la fois drôle et hautement réaliste. Mais Schoebrun parle aussi d’autre chose, probablement d’elle et certainement de nous. Rapidement, le film devient une plongée onirique dans l’univers absurde de la franchise imaginaire. Le réel et les fantasmes, les images filmées et l’inconscient personnel, se télescopent pour créer un récit hybride, qui interroge une question centrale : notre propre rapport à la pop culture, la manière dont les plans et les sons nous ont forgé en tant que personne, dans notre être, notre sexualité. Le film touche alors à un universel cinéphile, et sans doute plus que cela à l’heure actuelle, celle de la saturation permanente des images. Sommes-nous réels, ou juste le produit fantasmé de tous ces souvenirs, toutes ces scènes, cette violence ou cette beauté crées par le cinéma ? Derrière son aspect pop délirant, l’œuvre pose également l’ultime question, celle de l’origine de notre regard et celle, si freudienne finalement, de l’image originelle.

P.-S. G.

Film américain de Jane Schoebrun (2026), avec Gillian Anderson, Hannah Eibinder, Amanda Fix. 1h52.

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