l'avant scène cinéma

La Vie d’une femme  

Comme son titre pouvait le laisser supposer, c’est bien un portrait de femme que Charline Bourgeois-Tacquet (dont le premier long métrage, Les Amours d’Anaïs, avec Anaïs Demoustier, était déjà une superbe mise en lumière des sentiments bouillonnants d’une femme de son temps). Avec Léa Drucker dans le rôle-titre, ce n’est plus la même tranche d’âge qui est concernée, mais les émotions restent à vif. Notre héroïne a une vie professionnelle bien remplie, elle est chirurgienne en reconstruction faciale. Une façon de semer des cailloux pour nous amener à comprendre que c’est elle qui va bientôt être en phase de reconstruction, quand elle aura compris que le caractère compact et bien aligné de son emploi du temps et de ses affects ne correspond pas à ses désirs profonds. Au contact d’une journaliste venu sonder son cœur et son esprit, elle va s’autoriser quelques chemins buissonniers, notamment sur le plan sentimental, brisant l’équilibre qu’elle était parvenu à établir avec son mari… et son amant. La Vie d’une femme est naturellement féministe, sans qu’il lui soit nécessaire de serrer le poing ou de montrer les dents. En ce sens ou cette femme, que la caméra ne quitte jamais des yeux, du premier au dernier plan, vit pleinement, accepte d’ébranler ses certitudes pour explorer des plaisirs et des sensations inédits. Avec cinquante ans d’écart, et même si la société a subi bien des mutations, on ne surprend à penser à certains films du Sautet de la grande époque. Présenté à Cannes en mai dernier, le film est revenu bredouille. Nous n’aurions pas été choqués que Léa Drucker emporte le Prix d’interprétation féminine…

Yves Alion

Film franco-belge de Charline Bourgeois-Tacquet (2026), avec Léa Drucker, Mélanie Thierry, Charles Berling. 1h38. 

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