Qu’est-ce qu’une bonne adaptation ? La question est toujours fascinante, mais elle devient plus ambivalente encore lorsque l’œuvre originale n’est en fait pas extérieure à celui qui en signe la transposition filmée. Ainsi de L’Inconnue, long métrage de Arthur Harari, co-écrit avec son frère Lucas, tiré d’un roman graphique dessiné par ce dernier. L’Inconnue sur grand écran est donc le travail de deux auteurs qui puisent dans leur propre création. Ce qui explique peut-être l’extrême fidélité du résultat. Loin de se réapproprier la BD, le cinéaste en respecte autant la trame que les couleurs, le code graphique, reproduisant même certaines cases transformées en plans. L’histoire reste donc identique, celle d’une entité qui, en passant de corps en corps, force des êtres à se retrouver littéralement dans la peau d’un autre. Les questions de l’identité, incluant l’inévitable question du genre, structurent donc un récit où les protagonistes doivent en permanence redéfinit la nature, l’essence même de leur être, alors que leurs corps et leurs vies sont radicalement différents. Portés par une Léa Seydoux énigmatique à souhait et un Niels Schneider méconnaissable, le film a de l’épaisseur et du mystère, mais quelque chose le bloque pourtant, le tire loin du sommet que fut Onoda. Peut-être que le poids de l’œuvre originelle s’impose trop, empêchant parfois L’Inconnue d’exister, coincé dans un système de motifs, de teintes, qui appartiennent à un autre médium et menacent parfois de transformer le long métrage en un livre d’images intelligent, virtuose, et un peu étouffé.
Pierre-Simon GutmanFilm français de Arthur Harari (2026), avec Léa Seydoux, Niels Schneider, Victoria DuBois. 2h19.