l'avant scène cinéma

Dégel

Nouveau long métrage d’une cinéaste chilienne très remarqué à la Quinzaine des cinéastes il y a deux ans pour Chili 1976, Dégel reprend les thèmes du traumatisme, du deuil impossible, de ces sujets qui hantent les longs métrages et les artistes émergeant de pays au passé marqué par la dictature, le silence. Dégel se joue néanmoins dans un après, les années 1990, où se croisent les deux destins de deux nations tout récemment sorties du totalitarisme : le Chili et la RDA, ce dernier étant décrit comme un pays qui n’existe plus. La trame se concentre sur une petite fille dans une station d’hiver, sympathisant avec une adolescente jeune athlète qui disparaît subitement. Alors que la mère de la victime probable débarque, l’enfant tait des secrets lourds à porter. Le film se joue intégralement dans une sorte de creux, ne résolvant volontairement pas le drame mais posant les marques d’une blessure, cachée, réprimée, qui fait office de récit initiatique. L’œuvre est réussie sur ce point, maîtrisée, mais souffre un peu d’être finalement une variation sur une approche et des motifs (l’enfance blessée face au trauma de l’histoire, le non-dit) devenues un peu des clichés du cinéma d’auteur depuis, à minima, Cria cuervos. Comme dans Chili 1976, c’est le portrait d’une femme qui élève le film, celui de la mère, une ancienne athlète reconvertie, une femme qui ne renonce pas tout en étant dévorée de doutes sur ses choix, son passé, et sur ce que le futur peut encore offrir. Dégel trouve, dans le regard beau et féroce de Saskia Rosendahl, quelque chose qui lui permet de dépasser son programme un peu trop bien établi.

Pierre-Simon Gutman

El Deshielo. Film chilien de Manuela Martinelli (2026), avec Maya O’Rourke, Saskia Rosendahl, Maia Rae Domagala. 1h48. 

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