Deux continents, deux adolescents, deux vies que tout semble opposer et pourtant un même sentiment de solitude. Avec Paradise, Jérémy Comte construit son récit dans ce va-et-vient permanent entre deux mondes. Au Ghana, Kojo vit avec son père, pêcheur, jusqu’à ce que celui-ci disparaisse en mer. Livré à lui-même, l’adolescent se rapproche peu à peu d’un groupe qui vit d’arnaques en ligne. Au Québec, Tony vit seul avec sa mère, qui entretient à distance une relation avec un mystérieux capitaine de cargo. Deux histoires qui semblent d’abord avancer parallèlement avant que le lien qui les unit ne se révèle. Jérémy Comte joue constamment sur cette dualité, jusque dans sa mise en scène. Au Ghana, l’image est brute, chaude, mouvante, traversée par les corps, la mer et l’agitation. Au Canada, elle devient plus froide, terne, presque immobile. Le film semble avancer à deux vitesses. Pourtant, derrière ces différences, les personnages sont tout aussi perdus d’un côté que de l’autre. Kojo vient de perdre son père quand Tony cherche désespérément une figure paternelle à laquelle se raccrocher. La mère de ce dernier tente, elle aussi, de combler un vide en imaginant qu’une autre vie pourrait être possible ailleurs. C’est là que le titre prend tout son sens. Dans Paradise, le paradis semble toujours se trouver de l’autre côté : de l’océan, d’un écran ou simplement de l’existence que l’on mène. À mesure que les deux trajectoires se rapprochent, les différences s’effacent pour laisser apparaître ce qui unit véritablement ces personnages. Derrière les contrastes de paysages, de couleurs et de rythmes, Jérémy Comte raconte avec sensibilité des êtres qui cherchent tous la même chose : une place où se sentir enfin un peu moins seuls.
Myriam Burloux
Paradise. Film franco-ghanéo-canadienne de Jérémy Comte (2026), avec Daniel Atsu Hukporti, Joey Boivin-Desmeules, Benjamin Kwao Delali. 1h33