l'avant scène cinéma

Les Silences de Ryad

Une jeune femme fraichement affectée dans un commissariat de quartier se retrouve en première ligne dans une enquête sordide sur l’assassinat d’une adolescente qui ne semble pas susciter les émois auxquels on pourrait s’attendre. Mais notre héroïne ne lâche rien, s’apercevant que sa curiosité gêne pas mal de monde et qu’elle n’a en aucun cas le soutien de sa hiérarchie. On jurerait que cette trame est celle d’un polar bien de chez nous, La Femme-flic par exemple, ce film de Boisset qui n’a pas pris une ride, tant dans sa dénonciation de l’impunité des puissants que dans son constat du regard au mieux condescendant de la société lorsque l’autorité est représentée par une femme… Mais Les Silences de Ryad n’est pas un film de Boisset, c’est un film saoudien ! Aussitôt le film prend une dimension nouvelle. Tant nous en savons peu sur le cinéma saoudien et au fond guère davantage sur la façon dont est réglée la société de ce pays si lointain du Proche-Orient. Le film nous interpelle d’ailleurs et brise un certain nombre de préjugés et d’idées reçues : les femmes ont droit de cité et n’ont visiblement pas l’obligation de se dissimuler intégralement au regard des hommes, comme c’est le cas pour leurs sœurs afghanes. Le voile lui-même reste majoritaire, mais ce n’est plus qu’une option. Mais bien sûr ces progrès réels sont encore bien insuffisants dès lors qu’il s’agit d’accorder aux femmes une place dans la société de leur pays à l’égal des hommes. Et l’enquête de notre femme-flic va très vite montrer les limites de l’ouverture : l’omerta règne et les agissements des jeunes filles que le meurtre de l’une d’elles met en lumière gagne à ne pas être au grand jour, mieux (ou pire) c’est sur l’un de ces fameux ‘crimes d’honneur’ que s’oriente l’enquête. La signataire du film est une femme : Haifaa Al Mansour est même la première femme qui a pu tourner en Arabie Saoudite. Les cinéphiles ne l’ont pas perdue de vue depuis son premier long métrage, Wadjda. Mais il faut aussitôt mettre un bémol à cette sensation de liberté : la cinéaste vit à Los Angeles, et les conditions de tournage de son film ont été tout sauf paisibles. Il y a encore du travail… En attendant Les Silences de Ryad vaut largement le déplacement : c’est un film courageux, par ailleurs joliment troussé (les règles du cinéma occidental ont été assimilées sans peine). Et, ce qui ne gâche rien il nous donne à voir une comédienne vraiment épatante : Mila Al Zahrani…

Yves Alion

Unidentified. Film saoudien de Haifaa Al Mansour (2026), avec Mila Al Zahrani, Aziz Gharbawi, Shafi Al Harthy. 1h39.

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