l'avant scène cinéma

Girl

Hsiao-Lee est une jeune adolescente qui vit avec sa mère et sa petite sœur. Les journées se suivent, rythmées par l’école, les repas et les devoirs. Lorsque le compagnon de sa mère revient à la maison, il passe ses journées à boire et Hsiao-Lee ne sait jamais quand la violence va éclater. À l’école, elle fait la rencontre de Li-Li, qui lui permet de découvrir un autre monde, fait de rires, de joie et de légèreté.

Shu Qi signe ici son premier film, nourri d’une histoire très personnelle. Actrice notamment pour Hou Hsiao-hsien, c’est lui qui l’encourage à puiser dans sa propre expérience pour écrire son scénario. Girl est un film lourd, presque pesant, qui inscrit sa narration dans la répétition des mêmes gestes, jour après jour. La vie de Hsiao-Lee n’est pas celle d’une adolescente ordinaire qui sort avec ses amies et expérimente peu à peu sa liberté. Elle porte déjà sur elle une part des responsabilités des adultes. Elle observe, anticipe, attend, craint la prochaine explosion. Shu Qi pose alors une question qui traverse tout son film : comment devenir une jeune fille lorsque l’on n’a jamais vraiment eu la possibilité d’être une enfant ? La violence ne réside d’ailleurs pas seulement dans ses manifestations les plus brutales. Elle imprègne le quotidien et se loge aussi dans leur attente. Hsiao-Lee vit dans un état de vigilance permanent, attentive au moindre signe susceptible d’annoncer que tout peut basculer. À la peur se mêle une colère sourde, notamment envers cette mère qu’elle aime mais dont elle voudrait qu’elle soit capable de les protéger, elle et sa sœur. Shu Qi filme ainsi moins la violence elle-même que ce qu’elle dépose chez ceux qui vivent à son contact : la peur, le silence, la colère, mais aussi la difficulté à imaginer qu’une autre existence puisse être possible. La rencontre avec Li-Li ouvre pourtant une brèche dans ce quotidien. À ses côtés, Hsiao-Lee entrevoit une adolescence différente, faite de découvertes et d’une insouciance dont elle a jusque-là été privée. Shu Qi ne cherche pas les grands bouleversements. Son film avance lentement, au rythme d’une existence où les jours semblent se répéter jusqu’à ce que quelques instants viennent déplacer imperceptiblement les lignes. Cette pesanteur pourra parfois sembler appuyée, mais elle épouse aussi celle que porte Hsiao-Lee et donne tout son sens aux rares moments de légèreté. Avec ce premier film intime et sensible, Shu Qi raconte ainsi moins la sortie de la violence que la possibilité, fragile mais essentielle, d’imaginer qu’un autre chemin existe.

Myriam Burloux.

Nühai. Film chinois de Shu Qi (2026), avec Roy Chiu, Esther Liu, Yu-Fei Lai. 2h04

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