l'avant scène cinéma

Nightborn

Saga et son mari Jon veulent fonder un foyer. Pour cela, ils choisissent de revenir vivre dans la maison d’enfance de Saga, isolée au cœur de la forêt finlandaise, dans un paysage habité par le folklore nordique et les mythes locaux. Le couple entreprend de restaurer la demeure, bientôt rejoint par l’enfant qu’ils désiraient. Tout semble alors réuni pour composer l’image d’un bonheur familial presque idyllique. Pourtant, dès la naissance, quelque chose se fissure. Le bébé ne répond pas aux attentes de Saga, qui acquiert rapidement la conviction intime que son enfant n’est pas tout à fait normal. Mais autour d’elle, personne ne paraît disposé à la croire ni à accorder du crédit à sa parole. Peu à peu, le récit quitte le terrain du drame familial pour glisser vers des zones plus troubles et fantastiques. Hanna Bergholm livre ainsi un film d’horreur qui utilise le genre moins pour susciter une peur immédiate que pour explorer des angoisses profondément enfouies. Le spectateur demeure longtemps enfermé dans la même incertitude que les personnages : Saga a-t-elle raison de pressentir un danger ? Son bébé est-il réellement monstrueux ou la jeune mère perd-elle progressivement pied sous l’effet de l’épuisement et de l’isolement ? C’est dans cette indécision que se loge l’essentiel de la tension dramatique. La cinéaste compose une photographie froide, dominée par les paysages hivernaux et l’obscurité de la forêt. Le malaise s’installe lentement, davantage par petites touches que par des effets horrifiques frontaux. Le film se rapproche ainsi du thriller psychologique, privilégiant la sensation d’enfermement et la montée de la paranoïa aux visions véritablement inquiétantes. Son rythme volontairement lent nourrit cette atmosphère oppressante, même si la mise en scène, parfois trop attendue, peine à renouveler les codes de l’horreur. L’intérêt de Nightborn réside donc moins dans sa forme relativement convenue que dans les thèmes qu’il choisit d’affronter. Le film interroge la culpabilité des mères, la peur de ne pas aimer son enfant et l’écart douloureux entre la maternité rêvée et son expérience réelle. Saga se retrouve seule face à un entourage qui ramène constamment son inquiétude à un dérèglement psychologique. Sa parole est discréditée au moment même où son corps et son identité semblent lui échapper. La possibilité du monstre devient alors l’expression concrète d’une peur plus intime : celle d’être entièrement absorbée par son rôle de mère. Bergholm donne une dimension presque littérale à l’idée d’un enfant qui « dévore » sa mère. La jeune femme doit nourrir, protéger et porter cet être qui réclame tout d’elle, jusqu’à rendre incertaines les limites entre leurs deux corps. Après la grossesse et l’accouchement, Saga peine à se réapproprier une enveloppe physique qui ne semble plus lui appartenir. L’horreur surgit précisément de cette dépossession : aimer son enfant n’empêche ni l’épuisement, ni le rejet, ni le désir parfois violent de retrouver une existence autonome. Le film soulève ainsi avec justesse les tabous qui entourent encore la maternité, souvent réduite à un accomplissement naturel et immédiatement heureux. En laissant affleurer des sentiments plus ambivalents, Nightborn rappelle que devenir mère peut également être une expérience de solitude, de peur et de disparition de soi. Si son dispositif fantastique manque parfois de surprise et si sa lenteur finit par affaiblir la tension, Hanna Bergholm trouve dans l’horreur un langage pertinent pour rendre visibles des émotions que la société préfère généralement maintenir dans l’ombre. Le monstre importe finalement moins que ce qu’il révèle : l’impossibilité pour une mère d’exprimer ses doutes sans être aussitôt soupçonnée de folie.

Myriam Burloux

Yön lapsi. Film finlandais de Hanna Bergolm (2026), avec Rupert Grint, Seidi Haarla, Pamela Tola. 1h32.

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